# Comprendre la solvabilité et son impact sur l’octroi d’un crédit
La solvabilité constitue le pilier central de toute décision d’octroi de crédit en France. Lorsque vous sollicitez un financement auprès d’une banque, celle-ci analyse minutieusement votre capacité à rembourser les sommes empruntées sans compromettre votre équilibre financier. Cette évaluation repose sur des critères précis, encadrés par une réglementation stricte qui s’est considérablement durcie ces dernières années. Avec plus de 400 milliards d’euros de crédits immobiliers accordés annuellement en France, les établissements bancaires ont affiné leurs méthodes d’analyse pour minimiser les risques d’impayés. Comprendre les mécanismes de cette évaluation vous permet non seulement d’anticiper les exigences des prêteurs, mais aussi d’optimiser votre dossier pour maximiser vos chances d’obtenir un financement aux meilleures conditions.
Définition et calcul du ratio de solvabilité bancaire
La solvabilité bancaire désigne votre aptitude à honorer vos engagements financiers sur le long terme. Les établissements de crédit s’appuient sur plusieurs ratios financiers pour quantifier cette capacité et déterminer si votre profil correspond aux normes de risque acceptables. Ces indicateurs permettent une évaluation objective et comparative de tous les dossiers de demande de crédit.
Le ratio d’endettement : formule et seuil des 33%
Le taux d’endettement représente la part de vos revenus mensuels consacrée au remboursement de l’ensemble de vos charges financières. Sa formule est simple : (total des mensualités de crédits / revenus nets mensuels) × 100. Depuis les recommandations du Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) entrées en vigueur en janvier 2021, ce ratio ne doit pas dépasser 35% des revenus nets, assurance emprunteur incluse. Ce seuil, autrefois fixé à 33%, constitue désormais une limite réglementaire stricte que les banques ne peuvent franchir que dans 20% de leur production de crédit, et uniquement pour les primo-accédants ou les achats de résidence principale. Les charges prises en compte incluent non seulement les crédits immobiliers, mais également les prêts à la consommation, les crédits renouvelables, les pensions alimentaires versées et les loyers si vous ne résidez pas encore dans le bien financé.
Le reste à vivre : calcul mensuel et minima réglementaires
Au-delà du simple ratio d’endettement, les banques scrutent attentivement votre reste à vivre, c’est-à-dire la somme dont vous disposez mensuellement après le paiement de toutes vos charges fixes. Ce montant doit être suffisant pour couvrir vos dépenses courantes : alimentation, transport, énergie, habillement et loisirs. Les établissements bancaires appliquent généralement des barèmes minimaux qui varient selon la composition du foyer. Pour une personne seule, le reste à vivre minimal se situe généralement autour de 700 à 800 euros mensuels. Pour un couple sans enfant, ce seuil monte à environ 1 000 à 1 200 euros. Chaque enfant à charge nécessite un complément de 300 à 400 euros supplémentaires. Ces montants, bien que non réglementaires, reflètent les pratiques courantes du secteur bancaire français et permettent d’assurer que vous conserverez un niveau de vie décent après l’octroi du prêt.
Le taux d’effort financier selon les recommandations du HCSF
Le taux d’effort financier reprend la logique du taux d’endettement, mais en l’élargissant à l’ensemble de votre budget. Il mesure la part de vos revenus consacrée non seulement aux mensualités de crédit, mais aussi à certaines charges contraintes (loyer, pension, etc.) et à l’assurance emprunteur. Depuis 2021, le HCSF recommande que ce taux d’effort ne dépasse pas 35 % des revenus nets, afin de limiter le risque de surendettement des ménages. Concrètement, si votre foyer dispose de 3 000 € nets par mois, l’ensemble de vos charges financières ne devrait pas excéder 1 050 €. Les banques appliquent ce cadre de manière stricte, tout en conservant une petite marge de flexibilité pour les dossiers jugés particulièrement solides (revenus élevés, forte épargne, apport conséquent).
La méthode des banques pour évaluer la capacité de remboursement
Pour apprécier votre capacité de remboursement, les banques ne se contentent pas de quelques ratios théoriques. Elles reconstituent un véritable budget mensuel en croisant vos revenus (salaires, pensions, allocations stables) et vos charges fixes (logement, crédits, pensions, abonnements). Cette analyse est réalisée à partir des justificatifs fournis : bulletins de salaire, avis d’imposition, relevés de compte et tableaux d’amortissement de vos prêts en cours. L’objectif est de vérifier que votre capacité de remboursement est stable dans le temps, et qu’elle ne dépend pas de revenus exceptionnels ou aléatoires.
En pratique, le conseiller bancaire intègre ces données dans un simulateur interne qui calcule automatiquement votre taux d’endettement, votre reste à vivre et votre taux d’effort. Ces outils, de plus en plus automatisés, appliquent les règles internes de la banque ainsi que les contraintes réglementaires (recommandations du HCSF, lois sur le crédit). Vous avez ainsi tout intérêt à présenter un profil cohérent sur la durée : même si un projet semble « passer » sur le papier, un historique de gestion tendue (découverts récurrents, incidents de paiement) pourra conduire la banque à réduire le montant finançable ou à refuser purement et simplement le crédit.
Les indicateurs financiers scrutés par les établissements de crédit
Au-delà des grands ratios de solvabilité, les établissements de crédit analysent une série d’indicateurs plus fins pour juger de la qualité de votre profil emprunteur. Ils cherchent à comprendre non seulement si vous pouvez rembourser aujourd’hui, mais aussi si vous avez de bonnes chances de le faire demain. C’est ce qui explique l’examen détaillé de vos relevés bancaires, de la stabilité de vos revenus et de votre comportement financier global. Cette approche complète permet de distinguer deux dossiers ayant le même taux d’endettement, mais des habitudes de gestion très différentes.
L’analyse des relevés bancaires sur 3 mois minimum
Les relevés bancaires constituent l’un des documents les plus révélateurs de votre solvabilité réelle. Les banques exigent généralement au moins trois mois de relevés, parfois jusqu’à six mois pour un crédit immobilier important. Elles y vérifient plusieurs éléments : l’absence de découverts répétés, la régularité des revenus, la bonne tenue des prélèvements et l’absence d’incidents (rejets de prélèvement, chèques sans provision). Chaque anomalie repérée peut être interprétée comme un signal de risque accru.
Concrètement, si vos comptes présentent des découverts fréquents ou des retards de paiement, la banque pourra considérer que votre budget est déjà sous tension, même si vos ratios d’endettement semblent corrects. À l’inverse, des relevés montrant une épargne régulière, peu de dépenses impulsives et une bonne gestion des prélèvements renforcent nettement votre dossier. Vous pouvez d’ailleurs anticiper cette analyse en « assainissant » vos comptes plusieurs mois avant votre demande de crédit : limiter les découverts, réduire les dépenses non essentielles et constituer une épargne visible joue en votre faveur.
La stabilité des revenus : CDI versus CDD et professions libérales
La nature de vos revenus pèse lourd dans l’évaluation de votre solvabilité bancaire. Un salarié en CDI à temps plein, avec plus d’un an d’ancienneté, sera souvent considéré comme le profil le plus sécurisant, car ses revenus sont prévisibles et pérennes. Pour les fonctionnaires, la stabilité est généralement jugée encore meilleure, ce qui peut compenser un apport personnel un peu plus faible. Les banques appliquent parfois des barèmes internes plus favorables à ces catégories, notamment pour les crédits immobiliers.
En revanche, les revenus en CDD, intérim, freelance ou professions libérales font l’objet d’une analyse plus prudente. Pour ces profils, les établissements de crédit exigent souvent deux à trois ans de bilans, voire davantage, afin de vérifier la régularité du chiffre d’affaires et la capacité à absorber une baisse temporaire d’activité. Des revenus variables peuvent tout à fait permettre d’obtenir un crédit, mais la banque retiendra généralement une moyenne prudente (par exemple, la moyenne des trois derniers exercices) et ne prendra pas en compte la totalité des revenus exceptionnels ou des primes.
Le scoring bancaire et les algorithmes décisionnels automatisés
Derrière la décision d’acceptation ou de refus de crédit se cache bien souvent un système de scoring bancaire. Il s’agit d’un algorithme qui attribue une note à chaque demande en fonction de dizaines de critères : âge, situation professionnelle, historique de compte, niveau d’épargne, incidents passés, type de projet, etc. Cette note permet de classer les dossiers en plusieurs catégories : acceptation automatique, refus automatique ou analyse manuelle complémentaire par un gestionnaire.
Vous vous demandez comment une banque peut trancher si vite sur un dossier ? C’est précisément le rôle de ces algorithmes, qui s’appuient sur des statistiques internes (taux de défaut par profil) et des données sectorielles. Plus votre profil ressemble à celui d’emprunteurs ayant bien remboursé par le passé, plus votre score est élevé. À l’inverse, un cumul de signaux négatifs (découverts fréquents, endettement élevé, absence d’épargne) fait chuter ce score et peut entraîner un refus, même si vous remplissez les seuils réglementaires de base. D’où l’importance d’adopter une gestion saine bien avant votre projet de crédit.
L’impact des crédits renouvelables et découverts autorisés
Les crédits renouvelables et les découverts autorisés sont souvent sous-estimés par les emprunteurs, mais ils sont très surveillés par les banques. Un crédit renouvelable actif, même peu utilisé, réduit votre capacité d’emprunt, car la banque tient compte de la mensualité théorique maximale pouvant être prélevée. De même, un découvert autorisé élevé est interprété comme un signe de fragilité potentielle, surtout si vous l’utilisez régulièrement. Ces instruments de trésorerie sont perçus comme des facteurs de risque, car ils favorisent une consommation à crédit peu maîtrisée.
Avant de solliciter un crédit important, il est donc judicieux de solder autant que possible vos crédits renouvelables et de demander la réduction, voire la suppression, de vos plafonds de découvert. Cette démarche améliore à la fois votre taux d’endettement et l’image que renvoie votre gestion financière. En pratique, fermer un crédit renouvelable inutilisé ou renégocier votre découvert peut suffire à faire basculer un dossier limite en dossier acceptable pour la banque.
Le fichage FICP et son influence sur l’acceptation du dossier
Le Fichier des Incidents de remboursement des Crédits aux Particuliers (FICP), géré par la Banque de France, joue un rôle déterminant dans l’octroi de crédit. Dès qu’un emprunteur rencontre des incidents de paiement graves ou répétés, son nom peut y être inscrit. Pour les banques, la consultation de ce fichier est un passage obligé avant d’accorder un nouveau financement. Un fichage FICP est généralement rédhibitoire pour l’obtention d’un crédit classique, qu’il s’agisse d’un prêt immobilier ou d’un crédit à la consommation.
Les motifs d’inscription au fichier des incidents de crédit aux particuliers
L’inscription au FICP intervient dans plusieurs situations bien définies par la réglementation. Elle peut résulter d’impayés importants et répétés sur un crédit en cours (retards de plus de 60 jours, échéances non réglées malgré les relances, déchéance du terme), mais aussi d’une procédure de surendettement initiée auprès de la Banque de France. Dans ce dernier cas, l’inscription est quasi automatique dès que le dossier est déclaré recevable par la commission de surendettement.
On peut assimiler ce fichage à un « signal rouge » envoyé à l’ensemble des établissements de crédit : il indique que vous avez déjà rencontré des difficultés sérieuses à honorer vos engagements. Les banques sont alors tenues d’être extrêmement prudentes, voire de refuser tout nouveau crédit. Même si cela peut paraître pénalisant, ce mécanisme vise avant tout à vous protéger d’un endettement excessif et à éviter que votre situation ne s’aggrave.
La durée de conservation des données à la banque de france
La durée d’inscription au FICP dépend du motif du fichage. En cas d’incidents de remboursement sur un crédit, l’inscription peut durer jusqu’à 5 ans maximum, mais elle peut être levée plus tôt si vous régularisez l’intégralité de vos impayés. Le prêteur doit alors demander la radiation de votre inscription auprès de la Banque de France, ce qui améliore immédiatement votre accès au crédit. Il est donc essentiel de conserver les preuves de régularisation et de suivre l’évolution de votre situation.
Dans le cadre d’un dossier de surendettement, la durée maximale d’inscription est généralement de 7 ans, selon la nature des mesures prises (plan de redressement, effacement partiel de dettes, etc.). Là encore, si vous exécutez le plan sans incident, une levée anticipée peut être envisagée. Vous avez par ailleurs le droit de consulter gratuitement les informations vous concernant auprès de la Banque de France, afin de vérifier l’exactitude de votre fichage et, le cas échéant, contester une inscription erronée.
Les solutions de rachat de crédit pour sortir du fichage
Face à une situation financière dégradée, certains établissements spécialisés proposent des solutions de rachat de crédit ou de restructuration de dettes. L’objectif est de regrouper plusieurs prêts en un seul, avec une mensualité réduite grâce à un allongement de la durée de remboursement. Cette opération peut permettre de retrouver un taux d’endettement acceptable et de sortir progressivement d’une situation de surendettement. Toutefois, elle ne fait pas disparaître la mention FICP tant que les incidents à l’origine du fichage ne sont pas régularisés.
En pratique, les banques traditionnelles restent très réticentes à accorder un rachat de crédit à une personne déjà fichée, sauf dans un cadre très encadré (garanties solides, caution, hypothèque). Les offres de restructuration s’adressent donc souvent aux profils encore non fichés mais proches du seuil critique. Avant d’envisager un rachat de crédit pour améliorer votre solvabilité bancaire, il est indispensable de comparer les coûts totaux (intérêts, frais) et de vérifier que l’opération ne fait pas que repousser le problème dans le temps. Dans certains cas, une démarche auprès de la commission de surendettement peut s’avérer plus protectrice.
Les critères d’appréciation spécifiques selon le type de prêt
Les critères de solvabilité ne sont pas identiques selon que vous sollicitez un crédit immobilier, un prêt à la consommation ou un financement professionnel. Chaque type de crédit obéit à des logiques et des risques différents, ce qui conduit les banques à adapter leurs exigences. Vous pouvez ainsi être jugé solvable pour un petit prêt personnel, mais pas pour un projet immobilier d’envergure, ou inversement si votre projet professionnel est très bien sécurisé.
Crédit immobilier : l’apport personnel minimum de 10%
Pour un crédit immobilier, la plupart des banques exigent aujourd’hui un apport personnel d’au moins 10 % du prix du bien, voire 15 à 20 % dans certaines situations (investissement locatif, profil à risques). Cet apport permet de couvrir a minima les frais annexes (frais de notaire, de garantie, de dossier) et de réduire le montant emprunté. Il constitue un indicateur fort de bonne gestion : être capable de mettre de côté sur plusieurs années rassure le prêteur sur votre discipline financière.
Plus votre apport est élevé, plus vous pouvez négocier un taux d’intérêt attractif et de bonnes conditions (frais réduits, flexibilité des remboursements). À l’inverse, un projet sans apport est souvent réservé à des profils très solides (revenus élevés, situation professionnelle stable, faible endettement) ou à des dispositifs spécifiques comme le prêt à taux zéro (PTZ) pour les primo-accédants. Si vous préparez un projet immobilier, renforcer votre épargne en amont est donc l’une des stratégies les plus efficaces pour améliorer votre solvabilité bancaire.
Prêt à la consommation : les seuils d’acceptation simplifiés
Pour les prêts à la consommation, les montants en jeu étant généralement plus faibles que pour l’immobilier, les banques et organismes de crédit appliquent des procédures d’acceptation plus simplifiées. Pour un prêt personnel de quelques milliers d’euros, la décision peut être quasi instantanée, sur la base d’un scoring automatisé et de justificatifs allégés. Toutefois, même si les contrôles semblent moins stricts, le taux d’endettement et le reste à vivre restent des critères centraux.
En pratique, les organismes de crédit se montrent parfois plus tolérants sur le niveau d’endettement pour un petit montant ponctuel, mais ils doivent toujours respecter le cadre légal en matière de crédit responsable. Au-delà de 75 000 €, un prêt à la consommation bascule d’ailleurs dans un régime proche du crédit immobilier, avec des obligations plus fortes en termes de vérification de la solvabilité. Pour préserver votre capacité d’emprunt future, il est donc essentiel de ne pas multiplier les petits crédits à la consommation qui, additionnés, peuvent rapidement dégrader votre profil.
Crédit professionnel : l’évaluation du business plan et des garanties
Pour un crédit professionnel, la solvabilité ne se limite pas à votre situation personnelle : la banque examine surtout la solidité de votre projet et la capacité de l’entreprise à générer des revenus suffisants. Le business plan devient alors l’élément central de l’analyse. Il doit présenter des prévisions de chiffre d’affaires réalistes, un plan de financement équilibré et une stratégie claire pour atteindre la rentabilité. Les banques vérifient également vos fonds propres, c’est-à-dire la part du projet que vous financez vous-même, souvent attendue autour de 20 à 30 % du montant total.
Les garanties jouent aussi un rôle clé : nantissement de fonds de commerce, hypothèque sur un bien immobilier, caution personnelle du dirigeant, voire garantie d’un organisme spécialisé (comme Bpifrance). Plus les garanties sont solides, plus la banque accepte de s’exposer. En résumé, pour un crédit professionnel, on évalue à la fois votre solvabilité personnelle (surtout au démarrage) et la viabilité économique du projet. Un chef d’entreprise au bon dossier de crédit personnel part avec un avantage certain.
Stratégies d’optimisation pour améliorer sa solvabilité bancaire
La bonne nouvelle, c’est que votre solvabilité bancaire n’est pas figée : vous pouvez l’améliorer en agissant sur plusieurs leviers avant de déposer votre demande de crédit. Réduction de vos dettes, renforcement de votre épargne, mise en avant de garanties… autant de stratégies qui peuvent transformer un dossier fragile en dossier solide. L’idéal est d’anticiper ces démarches 6 à 12 mois avant votre projet, afin de laisser le temps aux banques de constater l’amélioration de votre situation.
Le regroupement de crédits pour réduire le taux d’endettement
Si vous cumulez plusieurs crédits (auto, consommation, renouvelables), votre taux d’endettement peut rapidement dépasser les seuils acceptables pour un nouveau financement. Le regroupement de crédits consiste à les fusionner en un seul prêt, avec une mensualité unique et généralement plus faible, grâce à un allongement de la durée de remboursement. Cette opération peut ramener votre taux d’endettement sous la barre des 35 % et rendre à nouveau envisageable un projet immobilier ou un nouveau financement.
Attention toutefois : comme pour toute solution, il existe un revers de la médaille. En allongeant la durée, vous payez plus d’intérêts sur le long terme. Il faut donc comparer soigneusement le coût total avant et après regroupement, et vérifier que le gain de trésorerie mensuelle justifie ce surcoût. Vous pouvez voir ce mécanisme comme un « réaménagement » de vos dettes : bien utilisé, il soulage votre budget et améliore votre profil, mais mal calibré, il ne fait que déplacer le problème.
L’augmentation de l’apport via l’épargne salariale et PEL
Pour un crédit immobilier, augmenter votre apport personnel est l’un des moyens les plus efficaces d’améliorer votre solvabilité bancaire. Outre l’épargne classique sur livret, vous pouvez mobiliser des dispositifs spécifiques comme l’épargne salariale (PEE, PERCO) ou un Plan d’Épargne Logement (PEL). Ces produits sont souvent mieux rémunérés que les livrets standards et peuvent vous donner accès à des prêts réglementés ou à des conditions préférentielles.
Par exemple, un PEL ouvert depuis plusieurs années peut vous permettre d’emprunter une partie du montant de votre projet à un taux plafonné, parfois inférieur aux taux du marché selon les périodes. De même, débloquer votre épargne salariale pour constituer un apport peut faire basculer votre projet dans la catégorie des dossiers « premium ». En pratique, chaque euro d’apport supplémentaire réduit le risque pour la banque et renforce votre pouvoir de négociation sur le taux et les frais.
La co-emprunt et le cautionnement solidaire pour renforcer le dossier
Associer un co-emprunteur à votre demande de crédit est une autre stratégie pour améliorer votre solvabilité globale. En cumulant deux revenus, vous augmentez mécaniquement la capacité d’emprunt du foyer, tout en présentant à la banque deux garants du remboursement. Cette solution est particulièrement pertinente pour les jeunes actifs ou les ménages dont les revenus pris isolément ne suffiraient pas à financer le projet envisagé. La banque calcule alors le taux d’endettement sur la base des revenus et des charges des deux emprunteurs.
Le cautionnement solidaire par un tiers (parent, proche) peut également rassurer l’établissement prêteur. Le garant s’engage à prendre le relais en cas de défaillance de l’emprunteur, ce qui limite le risque pour la banque. Bien entendu, cet engagement n’est pas à prendre à la légère : le garant doit lui-même être solvable et conscient de ses obligations. Pour vous, il s’agit toutefois d’une façon efficace de renforcer un dossier jugé un peu fragile, à condition de maintenir ensuite une gestion rigoureuse du crédit.
L’assurance emprunteur et la délégation pour optimiser le coût total
L’assurance emprunteur représente une part importante du coût total d’un crédit, surtout en immobilier. Or, les banques incluent généralement la prime d’assurance dans le calcul du taux d’endettement. En optant pour une délégation d’assurance, c’est-à-dire un contrat externe à la banque, vous pouvez souvent obtenir des garanties équivalentes à un tarif inférieur. Cette baisse de coût réduit vos mensualités globales et améliore vos indicateurs de solvabilité.
Depuis les réformes successives (loi Lagarde, loi Hamon, amendement Bourquin, loi Lemoine), vous êtes libre de choisir votre assurance emprunteur à condition que le niveau de couverture soit au moins équivalent à celui exigé par la banque. Comparer plusieurs offres d’assurance avant de signer peut donc vous faire gagner plusieurs dizaines d’euros par mois. À l’échelle d’un prêt sur 20 ou 25 ans, l’économie est considérable et peut faire la différence entre un dossier limite et un dossier accepté.
Cadre réglementaire et évolutions législatives récentes
L’évaluation de la solvabilité ne relève pas seulement de la politique interne des banques : elle est aussi encadrée par un cadre réglementaire de plus en plus strict, destiné à protéger les emprunteurs et à prévenir les crises financières. Ces règles européennes et françaises ont été durcies depuis la crise de 2008, puis ajustées à plusieurs reprises pour tenir compte de l’évolution du marché du crédit. Comprendre ce contexte vous aide à décoder certaines décisions de refus ou de limitation de montant qui peuvent, à première vue, sembler incompréhensibles.
Les recommandations du HCSF de janvier 2021 sur l’octroi de crédit
En janvier 2021, le Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) a transformé en normes quasi obligatoires des recommandations jusque-là plus souples en matière de crédit immobilier. Deux axes principaux ont été fixés : un taux d’effort maximal de 35 %, assurance comprise, et une durée des prêts limitée à 25 ans, avec une possible extension à 27 ans pour certains projets (notamment en cas de construction avec différé). Ces règles visent à éviter que les ménages ne s’endettent sur des durées excessives ou à des niveaux de charges intenables.
Les banques disposent d’une marge de flexibilité limitée : elles peuvent déroger à ces critères pour 20 % de leur production, en ciblant en priorité les primo-accédants et les résidences principales. Cela explique pourquoi deux dossiers similaires peuvent recevoir des réponses différentes selon la politique de dérogation de chaque établissement et le « quota » déjà utilisé. Pour vous, l’enjeu est de présenter un projet qui reste dans ces clous réglementaires, ou de démontrer un profil suffisamment solide pour justifier une exception.
La directive européenne MCD et la protection des emprunteurs
Au niveau européen, la directive MCD (Mortgage Credit Directive) encadre depuis 2016 la distribution des crédits immobiliers aux particuliers. Elle impose notamment une évaluation rigoureuse de la solvabilité de l’emprunteur avant la conclusion du contrat, en tenant compte de sa capacité actuelle et future à rembourser. Les banques doivent fournir des informations claires, normalisées (via la fiche d’information européenne standardisée) et éviter toute pratique de vente abusive ou trompeuse.
Cette directive renforce la protection de l’emprunteur en imposant aux prêteurs une obligation de conseil et de mise en garde. Elle encadre aussi la publicité sur le crédit et interdit certaines clauses jugées abusives. Concrètement, cela signifie que la banque ne peut pas se contenter d’un simple accord verbal : elle doit être en mesure de démontrer qu’elle a vérifié sérieusement votre solvabilité et vous a informé des risques. En cas de litige, ce cadre réglementaire renforce vos droits.
Le droit au compte et les obligations des banques en cas de refus
Enfin, même si une banque refuse de vous accorder un crédit, elle reste soumise à certaines obligations à votre égard. En France, le droit au compte garantit à toute personne résidant légalement sur le territoire l’accès à un compte bancaire de base. Si plusieurs banques vous refusent l’ouverture d’un compte, vous pouvez saisir la Banque de France, qui désignera d’office un établissement tenu de vous accueillir et de vous fournir des services essentiels (carte de paiement à autorisation systématique, virements, prélèvements, etc.).
En cas de refus de crédit, la banque doit vous informer des principaux motifs de sa décision, surtout si celle-ci repose sur une consultation de fichier (FICP, par exemple). Cette transparence vous permet d’identifier les points à améliorer pour renforcer votre solvabilité : trop d’endettement, gestion de compte irrégulière, absence d’apport, situation professionnelle jugée trop instable, etc. En travaillant sur ces éléments, vous augmentez vos chances de voir votre prochaine demande aboutir dans de meilleures conditions.